jeudi 13 octobre 2011

Le premier passage en mer Tyrrhénienne

Le départ s’est fait finalement mardi matin par un ciel ensoleillé, mais une mer démontée par les 3 jours de grand vent. Dès la sortie du port, des creux de 3-4 mètres nous attendaient, et le vent soufflait toujours quand même entre 18 et 23 nœuds. Mais un ciel bleu et la vue des îles qui nous attendaient au loin nous ont ragaillardis et nous avons foncé vers le large.


La première traversée vers l’île de Lipari qui a duré 6 heures, durant lesquelles nous nous sommes faits brasser pas mal, s’est tout de même très bien passée alors que nous apprenions à apprivoiser le bateau en essayant plusieurs configurations de voile et anticipant son comportement. Le temps de s’amariner, j’avais le cœur pas loin des lèvres les premières heures et les voyages dans la cabine se sont faits rares par une mer agitée comme ça. C’est un cas classique de biscuits secs et morceaux de fromage pour le lunch!



L’arrivée à Lipari, l’île principale de l’archipel, a été très facile une fois le quai voulu répéré, car il y a plusieurs marinas et quais d’attache dans la même baie de Lipari Porto. La Buona Fonda nous était recommandée par Sunsicily (le charter) ainsi que quelques bouquins, donc nous y avons mis cap. Les propriétaires nous attendaient pour nous aider à reculer le bateau « poupe-à-quai » dans un style typiquement méditerranéen, où on recule le bateau doucement perpendiculairement au quai, le temps pour l’équipier d’attraper une ligne avec la gaffe et de faire courir au devant du bateau cette ligne jusqu’au taquet de la proue, où on l’y attache l’amarre fixée d’un côté à la ligne et de l’autre bien ancrée au fond. Ensuite on lance deux amarres arrières de chaque côté de la poupe et les fixe bien sur des anneaux sur le quai, et voilà notre Senza Dubbi bien amarrée pour la nuit. Le hic c’est que La Buona Fonda est tout près des quais de traversiers qui sillonnent les îles, et ceux-ci créent une houle asses intense jusqu’en mi soirée et tôt le lendemain. Mais ces aéroglisseurs sont bien rigolos!

Une petite bière à bord s’impose, puis ensuite balade dans le village qui est somme toute bien nanti en cafés, restos et petits magasins locaux pour les provisions. Nous finissons dans un restaurant très bien situé sur le petit port (Marina Corta) de pêcheurs, et on décide de se faire plaisir! Ce sera un risotto de fruits de mer servi dans une superbe conque suivi d’une ricciola (poisson méditerranéen) entière grillée servie avec une sauce aux câpres salés de Lipari et tomates.

Excellente première soirée dans les îles!

Le lendemain nous irons à nouveau pour une balade qui nous mènera au superbe musée archéologique des îles éoliennes de Lipari, qui est contenu dans une poignée d’édifices autour de la cathédrale sur un promontoire rocheux dominant la baie. Le musée contient les résultats de fouilles archéologiques révélant des habitations successives des îles (et particulièrement de Lipari) depuis l’ère de pierre, près de 5000 ans av. JC, d’outils rustiques faits d’obsidienne (roche vitreuse volcanique très noire) locale jusqu’aux tessons de poterie arabes de la Renaissance.

La collection de poterie de tous les siècles est impressionnante, et une visite attentive du musée nous fait passer à travers différentes époques de l’ère de pierre, à l’ère de bronze et au raffinement certain de ses outils et objets ménagers, ensuite aux occupations successives helléniques et romaines de l’antiquité et les deux millénaires d’habitation par les divers peuples d’Italie continentale et de la Sicile. Un des édifices abritent des vestiges d’une nécropolis datant de 1400 ans av. JC avec ses urnes funéraires encore serties dans leurs caveaux. Des tranchées de fouilles extérieures, elles, révèlent des fondations de constructions de pierre sur 4 ou 5 niveaux reflétant autant d’époques. Une autre salle présente une très belle collection de statuettes et masques représentant des personnages des comédies grecques antiques.

Et la salle dédiée à l'archéologie marine avec ses centaines d'amphores et autres trésors trouvés au fond d'épaves, on se croirait dans un roman! Impressionnant et très bien fait

Vers 15h00, nous levons les amarres et prenons un cap vers le Nord Est pour naviguer vers Stromboli, l’île du volcan du même nom qui est situé tout au bout de l‘archipel. Le plan est d’y arriver vers 20h00 afin d’y observer le spectacle de jets de lave en fusion projetée dans les airs qui rend le Stromboli si célèbre.

mardi 11 octobre 2011

C’est la faute du mistral!


Nous sommes toujours à quai, plus de 48 heures après être arrivés. Dimanche, il a fait un temps pourri – environ 35 mm de pluie dans la journée et la nuit, sous forme de grosses averses fortes intercalées d’accalmies jamais très longues, avec des vents qui ont progressivement augmenté durant la journée, pour atteindre 28-30 nœuds (55-60 km/h) pendant la nuit de lundi. Pour être honnêtes, après les derniers jours avant de partir passés sur l’adrénaline et la nuit sans sommeil sur l’avion (quel horreur ce vol de 17h30…), je n’étais pas fâchée d’avoir une journée d’acclimatation à terre. Nous avons donc planifié notre approvisionnement de bord en visitant avec un bonheur indescriptible le iperCoop le plus près (grande surface italienne à laquelle nous étions bien attachés lorsque nous avons vécu au piémont en 2009)!!! Julien, on a pensé à toi!

Aujourd’hui, le vent soufflait encore très fort et allait demeurer ainsi jusqu’en milieu de nuit, et nous avons à nouveau dû nous rendre à l’évidence qu’on ne pouvait pas sortir par ce temps. « Il maestrale »…. Le mistral : ce vent fort, froid et traître qui souffle du nord-ouest en Méditerranée, qui vient quelques jours et disparaît comme s’il n’était jamais venu, laissant de la forte houle derrière lui. On ne se bat pas contre lui, on attend qu’il passe. Tant qu’à attendre, autant en profiter! Nous sommes donc embarqués dans notre petite voiture de location et avons conduit 1.5 heures pour se rendre dans un haut-lieu du tourisme sicilien, la ville antique de Taormina et ses vues imprenables sur le Mont Etna, volcan actif le plus haut d’Europe et un des plus actifs au monde avec des éruptions dans la dernière décennie.



Quelle majestuosité que ce volcan! Des rues accrochées au flan de falaise de la localité de Taormina, on peut apercevoir dans un même coup d’œil le volcan dégagé de nuages, avec sa colonne de fumée qui s’élève de son petit cratère, et la mer Ionienne, d’un bleu intense, au Sud-Est de la Sicile descendant vers le Nord de l’Afrique. Les plus belles « viste » proviennent d’une visite au théâtre gréco-romain de Taormina datant du 3ème siècle av. JC. Taormina elle-même est probablement très charmante, mais la horde de touristes même en octobre nous en cache presque la vue.


Demain matin, le vent tombera nous dit Windfinder, notre nouveau site gourou de prévisions météorologiques. À nous la mer!

Benvenuti a Sicilia!

Not going anywhere it seems. « Il maestrale » has decided for us. 25-30 knots of wind with 8-10 feet sea swell is not gale, but it’s more than enough to be really uncomfortable.

So we will dedicate our 1st two days to shopping for onboard supplies (of which there is NOTHING on the boat, not even salt, pepper and dishwashing soap)and going for a drive on the West of the islands to see antique Taormina and the majestic Etna volcano.






Sicilia is Italy, yet it’s different in many ways that the Italy we know. Decades of social disfunctionnality linked to the decline of social institutions in favor of informal institutions set up by the mafia obviously left this mark. Everywhere can be seen old decrepit buildings abandoned, new half-finished buildings abandoned, junkyards, and piling trash in some places. The towns seen so far are not pretty, to my great surprise. The island itself is extremely mountainous, a striking view from offshore, full of ragged peaks shaped by volcanic activity and cascading slopes meeting the sea. Vegetation is dry for the Mediterranean but familiar, with lots more eucalyptus and palms than mainland and filled with wild prickly pears cactus and aloe plants. We are closer to North Africa than mainland Europe, and it shows. The landscape is beautiful – but man has not helped it.

Second surprise: I can actually manage the Italian spoken here just fine, despite all the warnings given to me before I left that sicilian was not italian, and I might have a hard time understanding them. Which delights me because I love the Italian language – strange how empowered one can feel getting the hang of a foreign language! It’s a new world out there. They are nice enough to us, but nowhere near as friendly as northern Italians. They reveal themselves to be everything I first thought about southern Italians when I first came to Italy 2 years ago (and was amazed how northern Italians are nothing like that): brash, loud-speaking, arm-waving and not very polite. They cut in line, they cut you off in the street, and they drive very badly (but not particularly fast).

Tomorrow, we shall sail if the wind wants us too. Fair weather should return in the morning, and off we shall be!

vendredi 7 octobre 2011

A first of hopefully many: sailing charter in Sicily

I'm sitting in the airport thinking of all the things I did not get to do before leaving the office, but it's less and less important as the countdown to my flight has started. The event planner is checking out for a couple of weeks my friends... Because tomorrow, I will land in Sicily and take charge of Senza Dubbi, a 32-feet sailboat (Beneteau Oceanis 323), which I will skipper for ten days with my love and sailmate around the beautiful Aeolie Islands. Once there, my office will become my chart table, my onboard navigation system and the vessel helm, and there will be time for little else. What started out two years ago as a pretty crazy idea of going "hitchiking" around the seas of Europe, hoping on and off sailboats volunteering my services as crew during a 7-month sabbatical, culminating in me spending two grueling weeks in the Canary Islands putting myself through the Yachtmaster offshore certification, is now giving life to a longtime dream of mine - chartering sailboats around the world.

We first had to decide what our destination would be, the world is our oyster! It was definitely going to be Europe… but we could only go in October, so it had to be Southern Europe. Croatia was tempting but a tad cold – so we are keeping that one for a near future. We chose Sicily in the end, and now that I think back on it, I am unsure how we came to that. But we love Italy, have lived a few months there during the sabbatical, and I have picked up enough Italian to make sure that we can find the best salumi and enoteca in town.

Next came finding the boat : we wanted it small enough to be manageable for our 1st experience sailing a charter by ourselves (I own a 26 footer in Canada) but large enough to be comfortable, fairly recent, and not too expensive because everything else around it is… After several attempts with larger charter brokers, we decided to go with a smaller local company whose staff have been nothing but charming and helpful (and they speak and write English and French fluently!).

Third in line was downloading the maps (I will most likely do a future posting about navigational systems and navionics VS raster charts, thrilling stuff….), checking out the area and reading up, to which we devoted a couple of weekends in September. Turns out the challenge in navigating these waters is not what we thought it would be… One would guess that the shear fact that the islands are called after the Greek God of Wind who famously hid amongst the islands and gave them his name would mean that it’s pretty windy out there… so the cruising sailor in me was a bit worried about having to spend 10 days racing around the archipelago reefing down the mainsail and holding on to the helm for dear life. But it turns out the few blogs that we did find discussed mostly the difficulty of anchoring off the islands because the biggest isole are actually volcanoes, and the steepness of the coastline means that you’ve got to drop anchor in 80 feet of water even when close to shore. For those of you not familiar with the sailing world, that also means dropping a ratio of about 5 times of anchor line, so 400 feet of it! Consequently, this impressive depths of anchorages combined with a sea bed of loose volcanic rocks or pumice stone seems to make the task of anchoring safely and spending a relaxing night trusting that your anchor will hold the most challenging feature of the islands.

We shall find out soon!

mercredi 5 octobre 2011

La Sicile, Jour - 2

Le rêve qui a pris racine il y a un peu plus de 2 ans, quand j'ai décidé de dédier une partie de ma sabbatique au peaufinement des techniques de voile afin d'obtenir un certificat de compétence - se réalise enfin! Nous avons loué notre premier charter, tous seuls comme des grands!
Le 8 octobre, nous prenons possession de Senza Dubbi, un Beneteau Oceanis 323,
à la marina de Portorosa au nord de la Sicile. C'est excitant!!!!! Et un peu stressant. Un bateau inconnu, une côte jamais explorée, première fois en charge d'un bateau étranger - la pression se fait sentir. Après de multiples recherches au printemps, et des tentatives infructueuses de se trouver des compagnons de voyage, nous avions deux compagnies de charter dans notre mire, qui nous offraient toutes deux un bateau jugé suffisamment confortable mais pas trop grand pour deux personnes.

À la suite de courriels répétés et d'enchères, nous avons fini par découvrir que la compagnie qui nous intéressait le plus car c'était une compagnie de courtage et elle avait donc des bateaux partout au monde nous demandait 400 euros de plus que la petite compagnie sicilienne trouvée - POUR LE MÊME BATEAU! Mettons que le choix s'est fait facilement après ça. La compagnie locale choisie, Sunsicily, s'est montrée à date extrêmement professionnelle et les gens ont été super gentils avec des conseils, etc.

Le parcours sera simple: nous ferons le tour des Iles éoliennes, au nom si évocateur dérivé de celui du dieu Eole, roi des Vents. Selon la mythologie grecque, Eole se mit à l’abri dans ces îles et leur donna son nom, en hommage à sa renommée de dompteur des Vents.
Sept îles habitées donc (Alicudi, Filicudi, Lipari, Panarea, Salina, Stromboli, Vulcano) avec quelques caillous en plus.

Nous prendrons possession du bateau samedi en fin de journée, mais la météo s'annonce un peu sportive ce week-end dans le coin... hier ils annonçaient 30 noeuds de vent dans nos îles;
aujourd'hui ils semblent s'être ravisés, juste 24.

L'aventure donc - pas d'itinéraire de fait car nous serons littéralement au gré des vents :-) Génial. À bientôt.

mardi 4 octobre 2011

jeudi 7 janvier 2010

Tenerife et yachtmaster: la petite histoire d’un coup de folie sous ombre d’un volcan

Bon, commençons par dire que cette idée d’aller faire un cours de voile aux Iles Canaries m’est soudainement apparue comme pure folie, quelques jours avant de partir, mais il était trop tard… Ça remontait en septembre ou octobre, quand j’ai décidé de ne plus tenter de traverser l’Atlantique « su’l pouce » parce que de 1) le timing était pas bon, je m’étais mal renseignée ( les voiliers qui partent avec les Alizés le font plus vers la dernière semaine de novembre ou début décembre), de 2) on m’a dit que c’était plutôt plate et sans grand événement (c’est vrai que de se faire pousser sur le même bord pendant 25 jours, à 10-12 km/heure, avec comme seuls compagnons les longues vagues roulantes de l’océan, ça peut devenir un peu monotone…), et que de 3) j’avais réalisé que c’était bien de voyager et tout, mais que de se poser en Italie pour quelques semaines avec mon amoureux dans ce magnifique coin de pays avaient beaucoup de charme aussi. J’étais plutôt heureuse (et fière) de mon périple le long des côtes de l’Espagne et Portugal avec Bernard et du cabotage entre îles grecques et Turquie avec Francis et Marie; cela avait renouvelé mon goût de faire de la voile, j’avais énormément appris, et je m’étais mise dans la tête que suite à cela, mon but était de gagner suffisamment de confiance et de connaissances techniques pour pouvoir dorénavant louer, sans capitaine autre que moi, un voilier de n’importe quelle taille, n’importe où au monde. Bien sûr, comme quiconque qui a fait de la voile le sait, les réglementations concernant le nautisme sont très irrégulières d’un pays à l’autre, et en général déficientes partout. Ce qui veut dire que tu peux, à peu près partout sauf dans quelques pays européens, prendre un bateau et te promener avec sans aucune sorte de certification ou qualification… Nous savons pertinemment que tu peux te tuer tout aussi facilement avec un bateau qu’avec une voiture, mais bon… le nautisme ne s’est pas encore sorti du trou législatif dans lequel il avait été « canté » du temps où les réglementations maritimes appartenaient soit à la Navy, ou soit aux bateaux commerciaux ou de pêche. Mais bref, tout ceci pour dire qu’il est fort possible pour quelqu’un n’ayant que très peu d’expérience de louer un voilier; cependant, de plus en plus de compagnies de charter maintenant demandent des certifications, et de tout façon il serait hors de question pour moi de louer un voilier si je ne me sentais pas 100% confiante de pouvoir le piloter dans à peu près n’importe quelle condition. Il existe une association qui jouit d’une excellente réputation et est sans aucun doute la plus « reconnue » au niveau international, et c’est la britannique RYA (Royal Yachting Association). Ils offrent une série de formation dans des écoles accréditées partout dans le monde, et sont les octroyeurs du prestigieux « yachtmaster » dans toutes ses déclinaisons.
Faisant mes petites recherches et lisant les syllabus de cours, je m’étais arrêtée sur la description du cours de « Coastal Skipper », qui selon mes lectures était le niveau recommandé pour effectuer des locations de voilier dans des zones côtières (à 22 miles nautiques des côtes). J’ai donc envoyé des courriels à des écoles qui donnaient encore des cours en novembre en Europe, ce qui se résumait aux Iles Baléares ou aux Iles Canaries. Je penchais plus pour les Iles Canaries car, malgré un manque certain d’enthousiasme face à leurs possibilités touristiques, les écoles y dispensent un cursus avec composante d’enseignement théorique et pratique des marées, inexistantes à toute fin pratique en Méditerranée; ce qui donc m’offrait la possibilité d’avoir un « plus » dans ma certification, celle de pouvoir naviguer aisément en zones maritimes dont les côtes subissent les marnages journaliers, ce qui à mon avis était un grand avantage. Mais dans le processus de sélection d’une école, j’avais aussi réalisé, avec l’aide de mes gentilles correspondantes administratrices des écoles, que j’avais en fait les conditions nécessaires à l’application pour le niveau supérieur, celui de « Yachtmaster offshore » (i.e. suffisamment d’expérience de navigation, calculée en fonction de miles nautiques parcourus, jours en mer et heures de navigation de nuit accumulés pendant les 15 dernières années). Je me suis donc inscrite finalement à une école à Tenerife, avec la possibilité de décider sur place si je faisais l’examen de Coastal Skipper ou Yachtmaster.

J’ai donc pris l’avion le 13 novembre vers les Iles Canaries, n’ayant aucune connaissance préalable de la destination, pour un séjour de 2 semaines pendant lesquelles je suivrais 4 cours et subirait un examen… non sans avoir eu 48 heures à l’avant le vertige de ce que je m’en allais faire et la subite envie de tout annuler. Mais il était trop tard. Je suis arrivée en fin de journée à Tenerife après une escale plutôt désagréable à Londres-Gatwick et j’ai eu mon premier choc. Premièrement, Tenerife est pleine… d’Anglais… it’s like England with the sun. Deuxièmement, c’est un gros caillou assez laid avec beaucoup trop de développements de complexes hôteliers sur une terre aride et brune, à l’ombre d’un immense volcan (Teide) qui est la plus haute montagne d’Espagne, curieusement. On m’a ramassé à l’aéroport et conduite jusqu’à la marina, qui serait mon « home away from home » pour mes 2 semaines là-bas. Ce soir-là, petite réception de bienvenue au Club House de l’école où je rencontre les autres étudiants et les instructeurs, tous Anglais évidemment. Nous sommes une grosse gang cette semaine-là, 5 groupes soit une vingtaine de personnes, répartis entre 4 bateaux et une salle de classe (car nous, les aspirants « yachtmaster », commencions la 1ere semaine en cours théoriques visant à mettre à niveau nos connaissances disparates et glanées ça et là au fil des années, des pays, et des capitaines rencontrés). Mes compagnons de route pour les cours de Yachtmaster étaient Bettina et Marco, un couple hétéroclite formé d’une jolie italo-allemande de 42 ans formée comme neurologue travaillant pour une compagnie pharmaceutique en Suisse, et d’un Napolitain d’origine équatorienne de 28 ans qui est dans la Navy italienne. J’apprendrai à les connaître au cours des jours qui suivront. Notre maison pour cette première semaine est un gros bateau moteur qui restera à quai, dans lequel nous sommes éminemment bien installés ayant de grandes couchettes, chacun notre douche, une belle cuisinette et grande table, etc.

Les cours de théorie commencent le lendemain matin dès 10 :00, sous la commande de Maggie, une Anglaise « no-nonsense » d’une cinquantaine d’années, qui fera preuve dans les jours qui suivront d’une compétence, d’une patience et d’une douceur à toute épreuve. Cinq jours sont trop courts pour faire le tour de l’ensemble du cursus en longueur, surtout que nous formons une équipe pleine de défi, étant tous les 3 de langue maternelle autre qu’anglaise – et Dieu sait qu’en navigation, le vocabulaire est important! Bettina et moi nous débrouillons fort bien par contre, mais Marco se bat constamment avec la langue de Shakespeare et a de la misère à suivre dès le départ. Cela ralentira un peu la classe, mais en même temps nous forcera parfois à mieux approfondir certains concepts sur lesquels nous aurions peut-être glissé trop rapidement. En tant qu’élèves au « yachtmaster », notre commande de la théorie se doit d’être exemplaire, que ce soit pour être capable d’identifier à la volée un jeu de lumière porté par un navire rencontré au large en pleine nuit ou un code sonore en pleine brume, lire une carte météo synoptique, planifier un cap à barrer tenant compte de la variation magnétique subie par rapport au nord géographique, des vecteurs de courants de marée et de la dérive du bateau causée par le vent, ou encore faire de complexes calculs de hauteurs de marée afin de savoir les hauteurs d’eau sécuritaires pour un passage particulier. La théorie est plus ou moins la même en essence qu’on fasse un cours de Day Skipper ou de Yachtmaster, mais les attentes quand à l’approfondissement de ces connaissances et leur application sont pas mal plus élevées; nous passons 8 heures de cours par jour en classe, et rentrons avec facilement 4 heures d’exercices à faire tous les soirs, sans compter les nombreuses lectures individuelles que nous devons faire pour se mettre à niveau sur un détail par ci ou par là – le rythme est essoufflant et le déficit de sommeil commence à s’accumuler tôt dans la semaine. De plus, le seul jour de congé que j’aurais pu avoir pour souffler, le vendredi entre les 2 cours (théorie et pratique), fut occupé à suivre un autre cours, celui d’opérateur radio VHF, obligatoire pour le brevet.
Juste parce j’avais besoin d’un autre défi (!), j’ai un accident tôt dans la semaine et je glisse en bas de l’escalier du bateau sur lequel on demeure – et plouf! je tombe entre le bateau et le quai, dans l’eau jusqu’aux aisselles car je réussis à étendre les deux coudes pour m’accrocher de justesse d’un côté sur le tableau du bateau, et de l’autre sur le ponton…. Ah Bravo Gen… je m’érafle joyeusement le côté en dessous d’un bras, et je me tords le genou je ne sais pas comment. Et non, avis aux langues sales, je n’avais pas bu!!! Une fois remontée dans le bateau, sortie de mon linge trempé, j’évalue les dégâts. L’éraflure qui saigne prendra 2 semaines à guérir avec une attention quotidienne et l’application d’une petite pomada locale, mais le genou va plus mal. Même avec un bandage je marche très péniblement les 3 jours suivants, et une fois le bandage enlevé, les douleurs resteront… jusqu’à ce jour. L’inexistence d’ecchymose ou d’enflure me fait réaliser que ce sont les ligaments qui sont touchés. Une petite recherche sur l’internet me confirme que j’ai fort probablement au moins un ligament déchiré; la douleur et l’inflexibilité me suivront dans la 2eme semaine et pendant mon examen.
La fin du cours de théorie approchant, les examens écrits passés un à un, la pression concernant le cours pratique commence à monter. Nous envions profondément nos collègues étudiants qui ont passés la semaine sur un ou l’autre des bateaux de l’école, faisant de la voile, eux… ils ont fait le tour de certaines îles, ont navigué, on vu du pays. Nous, on a vu la marina, la rue en arrière de la marina, la rue de l’école… le jeudi je me suis même aventurée 400 mètres plus loin, dans le village où est situé la marina, pour aller faire des courses! Grosse sortie – définitivement, je ne serai pas venue à Tenerife faire du tourisme! Je dois dire à sa défense que Las Galletas est une petite ville assez espagnole de caractère, quelque peu épargnée par le vilain tourisme de masse qui a défiguré ses alentours. On y parle un castillan un peu modifié, sans « s » prononcés, empruntant de nombreux mots d’arabe « hispanophonisés » et dont les plus long mots sont tronqués à la fin, à la chilienne. Les gens sont gentils mais moins chaleureux que les espagnols du continent, plus insulaires évidemment, et donc plus méfiants. L’architecture est indéfinie et mixte, avec une occasionnelle concession aux beaux balcons de bois appartenant aux constructions typiques des demeures coloniales canariennes. La pierre utilisée pour le brise-lame de la marina et autres constructions de pierre est noire et volcanique, le sable de la plage est gris foncé et peu accueillant. Les faciès des habitants trahissent une longue histoire de mixité, d’immigration et d’exils, laissant apercevoir des traits espagnols, nord européens, marocains, juifs, africains, latino-américains, etc.
Mes compagnons se révéleront être d’agréables copains de classe. Bettina est un heureux mélange de rigueur et de concentration allemande mais son sang italien maternel lui confère un certain laxisme et joie de vivre qui arrondissent ses traits plus germaniques et lui permettent une attitude saine de « vivre et laisser vivre » avec son ami Marco, qui lui est l’incarnation même de l’insouciance et affabilité napolitaine, couplés avec une certaine immaturité rigolote qu’on pardonne à ses 28 ans. Mais il cache mal sa frustration rencontrée face à son manque de maîtrise de la langue, et conséquemment du sujet appréhendé, et devra travailler doublement pour réussir ses examens. Il possède définitivement une certaine connaissance du sujet, en italien du moins, mais il est plus intuitif et kinesthésique dans son approche de la voile et sa théorie et cela lui jouera des tours pendant le cours en classe de même qu’en mer la semaine suivante. Nous aurons également l’occasion à partir du mercredi soir, soit à leur retour à la marina après 5 jours de navigation ailleurs, de socialiser avec les gens des autres bateaux et nous formerons ainsi un petit groupe de copains « voileux » pour quelques bons soupers bien arrosés.
Bien que difficile, cette première semaine fut très satisfaisante. D’un côté car j’ai réalisé que j’avais déjà accumulé beaucoup de connaissances et de compréhension de la matière en général et je me suis sentie assez à ma place, et paradoxalement de l’autre car j’ai beaucoup appris en très peu de temps. Dès le samedi matin de la 2e semaine, le rythme allait changer complètement… Nous déménagions sur un autre bateau, notre voilier pour la semaine cette fois-là, et commençait le ‘cours’ pratique « Yachtmaster Preparation ». J’avoue que je ne savais pas trop dans quoi je m’étais embarquée. Je réalisai assez rapidement que ce que je pensais être un cours de voile, avec navigation, etc. s’avérait être une semaine de préparation au but ultime visé, soit l’examen du RYA. Nous n’allions pas aller très loin de la marina, la semaine allait se passer à répéter des manœuvres, parfaire nos habiletés techniques, polir notre « style » comme skipper – bref pas de la voile croisière pour le plaisir! Je n’avais toujours pas décidé vraiment si je faisais le Yachtmaster ou le Coastal Skipper (mes 2 compères visaient définitivement le YM), mais la théorie était la même donc ça ne s’était pas posé encore. Et l’examen se ferait en même temps. Donc que sera sera, je me lançai en me disant que de toute façon, l’instructeure allait bien m’aiguiller selon mes forces et faiblesses au cours de la semaine. Se joignit à nous une quatrième personne, un Anglais jeune septuagénaire en forme, autrefois proprio d’un voilier qu’il avait vendu et voulait se refaire un peu la main. Donc il se joignait à notre petite équipée comme crew, pour aider aux manœuvres. Il était rigolo quoique pas toujours compétent, mais il était toujours présent à l’heure du thé (qui arrive environ 8 fois par jour pour les Anglais)… « Shall I put the kettle on? » entendrions-nous maintes fois par jour pour les prochains jours. À mon grand désespoir car, si au moins ils buvaient tous du thé de qualité. Mais non, ils buvaient des litres de thé noir insignifiant, sans nom, dont les poches rondes semblaient achetées au kilo, qu’ils faisaient infuser à mort pour ensuite le délayer avec du lait. Quelle horreur! (D’ailleurs, la réputation de gastronome (!) des Anglais les précédents, nous roulions par terre de rire quand nous avons déballé la caisse fournie par l’école de victuailles destinées à notre bateau pour la semaine… nous y avons entres autres retrouvés du corn beef (moi je pensais que c’était juste dans les BD ça), des baked beans en boîte, ben des oignons et des patates mais pas d’autres légumes (ah si, 3 tomates!), des céréales avec des pépites de chocolat, des kilos de bacon, un bloc de fromage gouda immangeable, et j’en passe… mettons que nous sommes allés faire un ‘tite épicerie…)
Puis compléta le tableau notre leader sans peur, Sue, elle aussi Anglaise, instructrice de voile depuis 3 ans. Drôle de fille, un peu plus jeune que moi, plutôt pince sans rire mais moins sèche que certains Anglais peuvent l’être; on s’habitua à son style rêche mais elle et Marco ne furent que de l’eau et de l’huile dès le départ, ce qui n’aida pas la cause de ce dernier…
Les jours qui suivirent furent une succession de sorties le matin pour faire des manœuvres de conduite de bateau au moteur dans la marina, question de s’habituer au bateau et pratiquer diverses techniques d’amarrage à quai, tourner dans des endroits confinés, happer des bouées, etc. Ensuite nous sortions au large pour faire des manœuvres sous voile et des exercices de navigation. Une chose doit être mentionnée… les eaux au large de l’est de l’île de Tenerife sont baignées par un vent très fort 90% du temps, alors que les Alizés s’engouffrent entre 2 îles et force le vent à accélérer rapidement. Donc ce qui peut être une jolie brise de 15 nœuds au nord et au sud de l’île devient un rugissant 30 nœuds tout juste en dehors de notre marina… ce qui fait de la voile sportive, n’est-ce pas… pendant le « YM Prep », les instructeurs ont comme mission de nous préparer sur 4 points : la conduite du bateau sous moteur et dans des endroits confinés, la manœuvre du bateau sous voile, la sécurité, et la navigation. Même si je n’avais pas beaucoup manipulé de plus gros voiliers depuis longtemps, je maîtrisai très rapidement la conduite du bateau. Le moteur « inboard » (situé à l’intérieur du bateau) dont l’hélice est située sous le cockpit, au ¾ arrière de la coque, rend ces manœuvres plus faciles qu’avec un moteur hors bord comme sur Océanide, mon petit voilier. Naviguer sécuritairement ne me pose aucun problème, et les techniques variées de navigation, de pilotage et de traçage avec les cartes nautiques sont ma force. Mon point faible s’avéra être rapidement la manoeuvre sous voile. Un manque d’expérience à naviguer avec d’autres personnes plus compétentes que moi et sur des plus gros bateaux plus modernes, et le fait que je n’avais jamais fait de courses ou régates et donc ne maîtrisais pas les techniques ni la rapidité des manœuvres, me désavantageaient. Je rageai contre la maudite manœuvre d’ « Homme à la mer » pratiquée uniquement sous voile, sans moteur, où tu dois essentiellement naviguer jusqu’à ton homme et stopper complètement le bateau à côté… pas trop évident et un peu chiant sous 30 nœuds de vent (60 km/h) avec des vagues de 2.5 mètres… bref je m’y cassai les dents les 2 premiers jours, et réalisai assez rapidement que c’était la seule chose qui se dressait entre moi et un brevet de yachtmaster. Marco, lui, a fait pire… nous utilisions comme homme à la mer une bouée qui portait le nom de « BOB » (pas trop certaine si c’était un jeu de mot sur l’acronyme de « Man Over Board – MOB » ou alors une allusion au fait que « BOB bobs in the water »…) et lors d’une manœuvre de récupération de BOB sous moteur, le pauvre « homme » passa malencontreusement sous la coque et Marco, tout d’un, enclencha la marche arrière… ce qui eu comme résultat de faire un gros CLONC! quand BOB se prit le manche de métal et le petit drapeau dans l’hélice du bateau et s’entortilla autour de l’arbre du moteur… à ne plus en décoller… Ce n’est pas une très bonne idée de tuer son homme à la mer quand tu tentes de passer un brevet de YM… Nous en avons beaucoup ri, mais je crois que cet incident scella le sort de pauvre Marco qui n’avait que réagi par réflexe. Nous passâmes 2 heures cet après-midi là à tenter de déloger BOB de sous la coque, ce qui fut finalement réussi par une longue plongée de Marco en pleine mer avec pour seuls outils un masque, un couteau et une corde. Au bout de 3 jours de manœuvres et incidents, l’instructrice nous fit chacun un petit debriefing pour nous dire où on se situait et quoi travailler dans les derniers 2 jours. Mon cas était le suivant : tout le reste allait bien, mais je devais maîtriser la manœuvre d’homme à la mer si je voulais qu’elle me recommande pour le brevet de YM. J’avais compris que je ne comprenais pas la manœuvre, et que c’était ça le problème. Elle nous refit une démonstration illustrée le lendemain, et le déclique se fit. Je le réussis 4 fois coup sur coup, et ce soir-là je rencontrai Sue et Andy, le directeur de l’école qui surveillait de près notre préparation, et ils me dirent qu’ils me recommandaient à l’examen de YM. Pour une fille qui s’en venait faire un cours de Coastal Skipper, tout d’un coup les enjeux venaient de monter d’une coche, et je trouvais que j’héritais par la bande d’une pression dont je ne voulais absolument pas au départ… d’autant que mes compères me confirmèrent ce soir-là qu’eux deux passeraient l’examen de Coastal Skipper, Sue ne les croyant pas prêts pour le YM… gulp!
C’est en plus toute une histoire, cette affaire-là. Y’a un examinateur officiel de la RYA qui arrive d’Angleterre pour faire l’examen, il faut remplir des tas de formulaires, etc. Très officiel, et ça n’aide pas le niveau de tension…

L’examen comme tel s’est passé sur le bateau, tous ensemble, pendant environ 27-28 heures. C’était HYPER stressant! L’instructrice est débarquée du bateau et c’était juste nous trois + l’examinateur, Andy, plus notre ami senior Robert qui est venu être équipier pour nous. L’examen consistait à une série d’exercices et de manœuvres donnés à chacun notre tour – il nous a gardé debout en navigation jusqu’à 03h00 du matin le premier soir, question de forcer la note et nous mettre un stress supplémentaire pour voir comment on gère le stress et la fatigue comme capitaine. Nous étions responsable du bateau à tour de rôle dans différentes situations, et équipier des autres quand nous ne l’étions pas. J’ai eu des exercices de navigation à l’aveugle, manœuvre d’homme à la mer, technique de maîtrise du bateau sous voile, connaissance des règles d’abordage, signaux lumineux, drapeaux, manipulation du bateau pour aborder des quais ou des bouées, etc. Nous avons terminé l’examen le lendemain vers 18h30, de retour à la marina, et dès l’arrivée Andy nous a pris un par un pour un debriefing perso, dans lequel il nous disait nos forces, nos faiblesses, etc, et si nous avions passé l’examen. Mon niveau de stress à ce moment-là avait baissé simplement à cause de la fatigue, et donc je suis allée à mon debriefing sans trop d’attentes, sachant très bien les erreurs que j’avais commises et mes faiblesses. Je dois avouer que c’est quand même tout un soulagement d’apprendre que j’avais passé mon examen!!!!

Alors voilà l’histoire du yachtmaster… un coup de tête qui s’est finalement transformé en exploit, du moins pour moi, et une épreuve dont je suis malgré tout fière.